Les grands événements sportifs montrent souvent deux faces d’une même médaille : d’un côté ils mettent en lumière les exploits de certains êtres humains, de l’autre, ils révèlent des failles qui favorisent l’exploitation d’autres êtres humains. La Coupe du monde de la FIFA est l’événement sportif le plus suivi au monde et génère une énorme demande pour l’industrie du tourisme et de la logistique. Elle génère également un ensemble de prestations de services en cascade et une activité économique importante. Ces paramètres créent un terrain propice au développement des réseaux de traite des êtres humains. Cet article se concentre sur la Coupe du monde de la FIFA 20261, qui se tiendra aux États-Unis, au Canada et au Mexique, et met en évidence la nécessité d’une coopération renforcée entre les trois pays hôtes.
Selon les organismes internationaux, parmi lesquels le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies,2 ce type d’événements de grande ampleur déstabilise temporairement les marchés. Cette déstabilisation a tôt fait de faire le jeu des trafiquants. Les pays hôtes doivent coopérer en exigeant que leurs institutions financières et leurs autorités compétentes travaillent de concert, notamment par le biais d’échanges d’informations en temps réel et du renforcement des dispositifs de surveillance. Par exemple, les institutions financières et les autorités doivent miser sur la formation continue de leur personnel de première ligne afin de détecter les menaces émergentes et les critères d’alerte liés à la traite des êtres humains. Les autorités des pays hôtes doivent s’unir pour partager des typologies mises à jour au gré de l’apparition de nouvelles tendances. La coopération, une réponse commune et des actions transfrontalières entre les pays hôtes ne sont donc pas facultatives, mais essentielles pour protéger les travailleurs, préserver les populations vulnérables et garantir que les retombées économiques de l’événement sportif en jeu ne soient pas éclipsées par des atteintes aux droits humains.
Un nouveau niveau de coopération
La Coupe du monde 2026 est inédite à bien des égards. Pour la première fois, trois pays accueilleront conjointement l’événement dans 16 villes hôtes (onze aux États-Unis, trois au Mexique et deux au Canada) et des millions de supporters se déplaceront entre ces différentes villes. Par ailleurs, 48 équipes devraient participer à la compétition. Cela exige une réponse coordonnée au niveau international. Les pays hôtes doivent réagir rapidement et entraver le bon fonctionnement des réseaux de traite des êtres humains en partageant des informations entre eux. Ils doivent également participer activement et de manière soutenue aux échanges d’informations, tant sur le plan international que sur le plan des partenariats public-privé ; ces échanges pouvant s’avérer cruciaux pour protéger les personnes vulnérables pendant l’événement. S’ils ne sont pas contrôlés, les réseaux de trafiquants déplaceront activement les personnes à travers les pays hôtes, notamment vers des villes moins surveillées et moins redoutables pour eux aux États-Unis.
La première administration Trump a exprimé des préoccupations concernant les organisations criminelles transnationales et, en 2017, a signé le « décret exécutif 13767 : Améliorations de la sécurité à la frontière et de la mise en application de la Loi en matière d’immigration ».3 Les États-Unis considèrent que leurs frontières sont vulnérables à la migration à grande échelle, au passage de mineurs non accompagnés à travers des zones dangereuses, et qu’elles peuvent représenter des portes d’entrée pour de potentiels terroristes. La seconde administration Trump a ensuite appelé à un renforcement des mesures d’application de la Loi aux frontières et à une coopération à l’échelle de l’Amérique du Nord, impliquant une collaboration accrue avec le Mexique et le Canada.
Pour instaurer un niveau de coopération véritablement homogène, il est essentiel de prendre en compte la diversité des cadres juridiques des trois pays hôtes de la Coupe du monde. Chaque pays hôte dispose de ses propres Lois, de ses propres mécanismes de protection des victimes et de ses propres moyens pour appliquer ces Lois. Par exemple, « Operation Liberterra »4, un ensemble d’opérations à travers le monde à l’initiative d’Interpol, montre que les réseaux de traite des êtres humains s’appréhendent à l’échelle des continents, et que des événements majeurs comme la Coupe du monde peuvent servir d’alibis pour les déplacements, le recrutement et l’exploitation. Sauf si les autorités coopèrent à grande échelle... Les trois pays hôtes renforcent leurs opérations conjointes, les échanges d’informations et leurs actions au niveau international. Ils font ainsi preuve d’une dynamique de collaboration en amont de la Coupe du monde 2026. Ce niveau de coopération commence d’ailleurs à porter ses fruits, comme en témoigne la récente baisse du nombre de passages de la frontière américaine rapportée par CBS News.5
Le rôle de la FIFA et des instances du football
La FIFA et les confédérations continentales jouent un rôle central en matière de gouvernance en tant que régulateurs ou organisateurs du monde du football (ou soccer, comme on l’appelle aux États-Unis) et d’événements sportifs les plus populaires au monde. Leur capacité de gestion du monde du football a des répercussions sociales, économiques et humaines. Selon une source issue d’un rapport Inside FIFA6, la FIFA a intégré des normes relatives aux droits humains dans ses processus de recrutement/d’appels d’offres, ses politiques de lutte contre les discriminations et ses évaluations des risques. Ces principes sont désormais parties prenantes de l’ensemble des compétitions organisées par la FIFA ainsi que de ses associations membres. En outre, Politico7 souligne que la FIFA constitue à la fois un régulateur mondial puissant et une entité commerciale majeure. Son influence politique dépasse le strict cadre sportif, et va jusqu’à offrir à l’administration de Donald Trump une occasion inespérée pour sa politique étrangère à l’occasion de la Coupe du monde.
À l’inverse, un rapport indépendant de FairSquare8 affirme que la réforme de la gouvernance de la FIFA n’a apporté aucune amélioration. La FIFA resterait affublée de défaillances persistantes en matière de mesures de vigilance, de transparence et de supervision. Selon le rapport, ces lacunes sont à l’origine de failles structurelles profondes, associées à des violations systématiques des droits humains lors de grands événements sportifs, à l’exploitation de la main-d’œuvre et à un niveau d’arbitrage jugé insuffisant. Les professionnels de la lutte contre la criminalité financière n’ont pas leur mot à dire quant à l’arbitrage des matchs. Par exemple, lors de la finale récente de la Coupe d’Afrique des nations en janvier, opposant le Maroc au Sénégal, le match a été interrompu pendant plus de 10 minutes en raison de défaillances arbitrales. Cependant, les professionnels de la lutte contre la criminalité financière peuvent protéger leurs institutions en réalisant des évaluations indépendantes des événements et en appliquant des contrôles plus stricts en matière de mesures de vigilance, de surveillance, de reporting et d’échanges d’informations que ceux mis en place par les organisateurs eux-mêmes. Ces mesures permettent d’éviter que les manquements concernant la gouvernance au sein de la FIFA ne se traduisent par des risques de criminalité financière au sein de leurs institutions financières.
Dans l’ensemble, ces sources présentent les instances du football comme des organisations dotées d’un potentiel considérable, mais handicapées par des faiblesses structurelles bien ancrées. Par conséquent, le renforcement de la transparence et de la responsabilité interne est essentiel pour garantir le respect des droits humains et préserver la confiance du public.
Conclusion
La Coupe du monde 2026 de la FIFA est bien plus qu’un événement sportif majeur ; elle constitue un véritable test de coopération internationale. La traite des êtres humains est un crime qui concerne tous les continents et qui se nourrit du protectionnisme et du manque d’échanges d’informations entre les États. En travaillant ensemble, les États-Unis, le Canada et le Mexique peuvent établir une nouvelle norme mondiale pour la protection des événements de premier ordre. La Coupe du monde 2026 pourrait devenir une référence en matière de coopération dans un monde fragmenté, ainsi qu’un modèle pour la protection des personnes les plus vulnérables, sur et en dehors du terrain.
Ogbonnaya Udo John, CAMS, travailleur social, services communautaires de St Anne, Huddersfield, Royaume-Uni, ogbonnayaudojohn1000@gmail.com,
- « FIFA Bid Evaluation Report for the 2026 World Cup (2018) », FIFA, 1er juin 2018, https://digitalhub.fifa.com/m/55d1d154bdd6324/original/ir3g14juxglqbbteevvf-pdf.pdf
- Mullally Siobhán, « Rapport de la Rapporteuse spéciale sur la traite des êtres humains, en particulier les femmes et les enfants », Conseil des droits de l’homme des Nations unies, 18 mai 2021, https://www.ohchr.org/en/documents/thematic-reports/a80166-report-special-rapporteur-trafficking-persons-especially-women
- « Décret exécutif 13767 : Améliorations de la sécurité à la frontière et de l’application de la loi en matière d’immigration », La Maison-Blanche, 25 janvier 2017, https://trumpwhitehouse.archives.gov/presidential-actions/executive-order-border-security-immigration-enforcement-improvements/
- « Des interventions mondiales permettent de secourir 3 200 victimes potentielles de la traite d’êtres humains et d’identifier 17 800 migrants en situation irrégulière », Interpol, 6 novembre 2024, https://www.interpol.int/fr/Actualites-et-evenements/Actualites/2024/Des-interventions-mondiales-permettent-de-secourir-3-200-victimes-potentielles-de-la-traite-d-etres-humains-et-d-identifier-17-800-migrants-en-situ
- Camilo Montoya-Galvez, « Illegal crossings along U.S.-Mexico border plummet to lowest annual level since 1970 », CBS News, 7 octobre 2025, https://www.cbsnews.com/news/illegal-crossings-immigration-us-mexico-southern-border-lowest-level-1970-trump-dhs/
- « FIFA embraces its responsibility to respect human rights across its operations and relationships », Inside FIFA, https://inside.fifa.com/human-rights/strategy
- Sophia Cai, Tim Rohn et Eric Bazail-Eimil, « World Cup hands Trump unexpected leverage in foreign policy », Politico, 28 septembre 2025, https://www.politico.com/news/2025/09/28/soccer-trump-geopolitical-goals-00583502
- « Substitute: FIFA not fit to govern world football, external reform essential to prevent future harm », FairSquare, 30 octobre 2024, https://fairsq.org/substitute-report/
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